Introduction et parcours
Je m'appelle Gabriela Pizarro, et je viens de Pucará, une communauté rurale de la région de Junín. C'est un endroit où les gens se saluent encore avec « bonjour, tante », même sans lien de parenté. Dans ce lieu, entre jardins, montagnes et bruits d'animaux, j'ai appris que les opportunités existent, mais qu'il faut les chercher et les poursuivre, même si elles semblent lointaines.
Je me considère comme une personne curieuse, passionnée et persévérante. J'ai vu d'autres jeunes voyager, mener des projets et représenter leurs communautés, jusqu'au jour où je me suis demandée : pourquoi pas moi ? C'était un désir né d'idées qui ont mûri au fil de conversations, d'exemples et de la certitude que je pouvais avoir un impact dans mon environnement. Au cours de ce processus, j'ai entendu parler de bourses et de projets soutenus par des institutions telles que des ambassades ; c'est ainsi que tout a commencé, car cela m'a amenée à découvrir un monde au-delà de ce que je connaissais.
Qu'est-ce que Youth Ambassadors ?
Youth Ambassadors est un programme d'échange du U.S. Department of State qui rassemble des lycéens âgés de 15 à 17 ans et des mentors adultes d'Amérique latine et des Caraïbes. Il dure trois à quatre semaines et se déroule aux États-Unis. Les participants prennent part à des ateliers de leadership, des projets de service communautaire, des séjours chez des familles américaines et des visites d'institutions culturelles et éducatives. À la fin du programme, chaque participant rentre chez lui pour concevoir et mettre en œuvre un projet de service communautaire ayant un impact local.
Pourquoi ai-je postulé ?
Honnêtement, je n'avais pas confiance en moi, j'avais peur ou j'étais paresseuse ; en tout cas, je n'aspirais pas à postuler au programme. Je voyais les publications qui en faisaient la promotion, et quand je regardais les milliers de mentions « j'aime », je pensais que je n'avais rien qui me distinguait des autres. L'idée de concourir contre des milliers de personnes qui pourraient être meilleures que moi me terrifiait. Ma décision de postuler est le résultat de plusieurs choses. D'abord, j'avais vu comment une jeune femme avait participé à un projet qui l'avait emmenée aux États-Unis. Je me souvenais aussi de l'expérience de mon frère, qui m'avait encouragée à postuler, et de celle d'un de ses amis qui avait participé au programme Youth Ambassador. Toutes ces expériences proches ont tissé un réseau qui a fini par me toucher et m'a conduite à postuler. Quand je me suis convaincue de le faire, j'ai rempli le formulaire, rédigé les essais et envoyé tout. C'était un élan entre le doute et l'espoir, un geste inspiré par le fait que je ne saurais jamais ce qui aurait pu arriver si je n'avais pas essayé.
Le processus et la nouvelle
Traverser les différentes phases a été tout un voyage. Je suis restée attentive à chaque notification, consciente que même si j'espérais une acceptation, il y avait aussi la possibilité d'un refus. Je vérifiais ma boîte de réception chaque jour en rentrant de l'école, dans un processus qui me rendait anxieuse. Le jour où la nouvelle est arrivée, je déjeunais devant une statue de la Vierge, à qui, il faut le dire, j'avais prié pour réussir. Quand j'ai vérifié mes notifications et lu le mot « Félicitations » sur l'écran, j'ai eu l'impression que le monde s'arrêtait une seconde. J'ai pleuré parce que ce n'était pas seulement une réussite ; c'était la confirmation que j'allais faire partie d'une expérience que, vu mon parcours, je n'aurais jamais pu me permettre. La professeure qui avait rédigé ma lettre de recommandation se trouvait juste derrière moi. Tous ces éléments ont donné naissance à un moment si vibrant qu'il compte encore beaucoup pour moi aujourd'hui.
Aspect financier
En ce qui concerne les coûts, l'ambassade a couvert la plupart d'entre eux : du passeport à l'hébergement et aux repas. L'aspect financier ne devrait donc pas être un obstacle pour toi pour postuler.
Préparation et premier choc
Avant le voyage, nous avons eu une semaine de préparation à Lima. C'était un espace entièrement partagé en anglais, avec de nombreuses activités nouvelles pour ceux qui venaient pour la première fois dans la capitale, comme par exemple des simulations du métro américain avec le Metropolitano. Pendant cette semaine, tous les participants sélectionnés se réveillaient, prenaient le petit-déjeuner et s'engageaient dans des activités telles qu'interviewer des touristes, visiter des centres historiques et expliquer leur importance. Tout était conçu pour nous confronter au changement culturel. Cette semaine a été fondamentale pour apprendre à connaître les autres participants sélectionnés, car en fin de journée nous avions des espaces récréatifs où nous en profitions pour explorer nos goûts, nos perspectives et nos expériences passées, qui façonnaient clairement les personnes. C'était un moment où j'ai réalisé que le leadership varie, car en fonction de leur propre identité, chacun des participants avait une façon d'être un agent de changement.
L'expérience aux États-Unis
Le voyage devrait normalement être vécu comme un moment parfait, plein d'illusions et d'aspirations, et bien sûr, il l'était. Cependant, l'échange n'était pas que cela, car j'ai rencontré de nombreuses limitations qui m'ont amenée à développer ma résilience. Ma principale barrière était l'anglais, parce que quand je suis arrivée au programme, mon niveau était B sous 5 ; ce n'était pas basique, mais c'était dans une certaine mesure limitant. Je me souviens encore comment un mercredi, j'ai fondu en larmes parce que je me sentais très limitée. Pour être honnête, j'en suis arrivée au point de ne plus vouloir assister aux ateliers. Cependant, les familles d'accueil ont été un refuge. Dans la famille qui m'hébergeait, on parlait aussi espagnol, ce qui facilitait parfois la communication, mais l'objectif du programme était de développer les compétences linguistiques, donc je devais quand même faire l'effort de parler anglais.
L'échange consistait en des visites de centres liés à mes intérêts et en des ateliers de leadership. J'ai appris à concevoir des initiatives avec une structure, à diriger en équipe, et surtout, à comprendre que les problèmes locaux ont des résonances mondiales.
Le message que je laisse
Si je pouvais dire quelque chose à ceux qui veulent postuler à Youth Ambassador, ce serait : ne te compare pas. Tu n'as pas besoin d'avoir un CV plein de réalisations. Tes expériences, aussi petites qu'elles puissent paraître, comptent. N'essaie pas d'impressionner le jury ; essaie de montrer qui tu es, parle de tes anecdotes, de ta communauté et de ce que tu vis vraiment. Quand tes essais reflètent ton histoire, le jury saura qu'ils t'appartiennent. Ne mémorise pas tes réponses pour l'entretien. Parle avec tes propres mots, même s'ils ne sont pas parfaits. L'important, ce n'est pas de sembler professionnel, mais authentique. Et surtout, crois en toi, parce que personne ne le fera si tu ne le fais pas en premier.
Aspirations
Dire que Youth Ambassador a changé ma vie serait une formule facile, mais ce serait vrai. Pas seulement à cause du voyage en lui-même, mais à cause de ce qu'il a éveillé en moi. Il m'a appris que croire en soi n'est pas de l'arrogance, c'est du courage. Que venir d'une communauté rurale n'est pas un désavantage, mais une perspective différente sur le monde. Si je devais résumer, je dirais que ce voyage ne m'a pas emmenée loin : il m'a ramenée à moi-même, à ce que je peux faire, à ce que je peux construire depuis là où je suis. Et si quelqu'un qui me lit en ce moment hésite à postuler, je lui dirais la même chose que je me suis dite avant d'envoyer ma candidature : fais-le quand même. Parce que parfois il suffit d'un seul clic, d'une minute avant la date limite, pour changer tout le cours de ton histoire.


